ANIS. Installé chez nous pour au moins six mois, le chanteur reste dans sa bulle. Il a choisi Les Avirons et Saint-Leu pour écrire son quatrième album. L’occasion de donner deux concerts en acoustique bien qu’ Anis préfère rester discret. En plus, il a un petit moral, ces derniers temps. Le blues d’une tournée magique qui s’achève toujours trop vite. Confidences, les pieds dans le sable, à Trois-Bassins.
Vous nous avez donné rendez-vous sur cette plage de Trois-Bassins. Pourquoi ici précisément ?
C’est symbolique car nous sommes au tout premier endroit que j’ai découvert et aimé, à la Réunion, il y a six ans. À ce propos, je n’aime pas du tout ce qu’ils ont fait au parking. Les vagues et les gens sont toujours là mais ce site sauvage est défiguré. L’aspect pratique on aurait pu s’en passer.
Qu’est ce qui vous amène à la Réunion ?
L’envie de retrouver mes potes. De me poser, profiter de la mer, de la nature... Il fait bon vivre ici. Mais je suis surtout à la Réunion pour faire mon album, il faut que j’écrive. Et pour cela, il faut être dans un bon état d’esprit.
Écrire un album, ça à l’air simple dit comme ça. Comment procédez-vous ?
C’est très artisanal, à la guitare et à la voix. Si ça fonctionne c’est bon signe. Ensuite, on enrichit avec les musiciens. Ou alors, je me cale sur une instru. À partir de là, je fais mes mélodies et ensuite, vient le texte. Pas trop couillon le texte, si possible. C’est donc souvent la musique en premier et la chanson après. Ça peut aussi partir dans tous les sens.
Est-ce que le fait de travailler à la Réunion va influencer cet album ?
Oui. Je ne sais pas encore de quelle manière et sous quel angle, mais ça influencera forcément mon album. Si vous parlez des influences musicales, je ne sais pas, on verra. Je peux juste vous dire qu’on est train de mettre en place quelque chose avec les percussions. Pour l’instant, je compose des choses assez personnelles tout en conservant mes influences musicales à savoir le rock steady, le ska, le blues, la soul... Je n’ai d’ailleurs pas rencontré d’artistes réunionnais. Je me fais discret quand je suis dans cette phase de travail, je reste en retrait... Un peu dans ma bulle.
Pas mal d’artistes ont craqué pour notre île. On pense notamment à Jeanne Cherhal, elle aussi venue composer à la Réunion, ou encore Camille Bazbaz qui a signé sur le label Sakifo Production. Qu’est ce qui vous attire tant ici ?
La tranquillité. Le cadre de vie, c’est évident. Enfin, pour ma part c’est la première raison qui m’attire à la Réunion. Cette île nous fait du bien, elle requinque. Sa beauté nous inspire. J’ai passé une période d’un an et demi où je me suis laissé aller, ici c’est le lieu idéal pour se soigner le corps et l’esprit.
Vous avez joué au Sakifo, à Saint-Leu en 2006 puis à Saint-Pierre l’année dernière. Quels souvenir en conservez-vous ?
La première fois que j’ai mis les pieds à la Réunion, c’était donc pour le Sakifo à Saint-Leu, j’ai eu un super accueil. J’ai craqué pour le site, même si je n’ai pas joué à la Ravine mais sous le chapiteau. C’était vraiment la grosse surprise parce qu’à 12 000 kilomètres de chez moi, je ne savais pas à quoi m’attendre. Et puis, j’ai découvert un chapiteau bondé, un public qui connaissait les paroles... Avec mon équipe, on a halluciné. Et du coup à Saint-Pierre, cette fois c’était sur la grosse scène avec encore plus de monde autour et une fois de plus, cet incroyable accueil. J’étais arrivé le matin même, un peu dans le gaz et dès que je suis monté sur scène, j’ai été porté par la foule.
On vous verra sur la scène réunionnaise, le 21 novembre au Trophée Roxy à Saint-Gilles et les 17 et 18 décembre au 211 à Saint-Leu. Que comptez-vous offrir au public réunionnais ?
Je serais seul sur scène ou peut-être avec un musicien. Guitare voix au Roxy. Peut-être un autre guitariste ou un contrebassiste que j’ai rencontré à Saint-Pierre pour le 211. Ces concerts-là vont me permettre de tester mes nouvelles chansons. En guitare-voix, tu sais tout de suite si ça marche ou non. Je proposerai bien sûr des chansons de mon répertoire. Jouer seul sur scène, je n’ai pas fait ça depuis très longtemps. Cela me fera du bien de jouer mon répertoire en acoustique mais j’appréhende un peu quand même. Côté public, j’ai cru ressentir que ça va faire plaisir.
Pouvez-vous nous parler de votre tournée nationale en automne dernier ?
C’était magique. J’ai une super équipe, on est douze sur la route, sept sur scène. Ce sont tous des gens qui ont de la bouteille, ils ont vingt ans de métier et connaissent bien les ficelles. Mais surtout, on rigole comme des ados. Quant aux salles et aux festivals dans lesquels on a joué, à chaque fois, c’était la méchante surprise. Sur cet album (“Rodeo Boulevard”, ndlr), là où je me suis vraiment le plus éclaté c’est vraiment sur scène.
Un souvenir, une anecdote de cette tournée...
Il y a un concert, à Toulouse, où c’était vraiment chaud ! J’étais malade comme un chien, j’avais la nausée sur scène, je faisais une intoxication alimentaire. Le plus drôle, c’est qu’il y a un morceau dans mon set, “La Gare du Nord”, où en introduction j’imite un mec bourré. Et bien cette fois, les hauts le cœur ce n’était pas du chiqué. J’ai réussi à tenir tout le concert, j’en avais les larmes aux yeux pendant une heure et demi. Sinon, il y aussi un autre soir où dans le public, ce mec complètement scotché n’arrêtait pas de crier “Anis ta g... !” en boucle. On sentait que c’était affectif mais il avait bloqué sur cette phrase, c’était assez drôle ! Il y a aussi, un concert aux Francofolies de la Rochelle : j’ai cassé deux cordes de ma guitare en trois minutes et je n’en avais pas en rechange. Alors le temps que l’on répare ma guitare je me suis lancé dans une chanson a capela. j’ai chanté faux comme une casserole devant 15 000 personnes.... Ou aussi, le truc classique mais qui nous fait toujours autant sourire avec les collègues : c’est ce public super chaleureux mais qui, quand il tape dans les mains, est terriblement décalé. Souvent, pendant une balade, il suffit qu’il y en ait un qui commence et c’est terminé ! On doit faire attention à ne pas les suivre. Concentration maximale. C’est une particularité française.
Et à la Réunion, le public doit bien avoir le rythme non ?
Ici, on ne tape dans les mains, on chante beaucoup !
Sur votre blog, vous évoquez une mauvaise passe à votre retour. Pouvez-vous nous en parler un peu ?
Le coup classique quand tu quittes une ambiance bienveillante et l’excitation de la scène. Après des mois de concerts, tout d’un coup, ça s’arrête. Voilà pourquoi je suis tombé dans une bonne déprime. J’ai fait un voyage au Portugal qui ne s’est pas bien passé. Je pensais que j’allais me faire du bien là-bas et en fait ça a été tout le contraire. Au bout d’un moment, j’ai dit stop. Je suis rentré à Paris. Je me suis demandé où je me sentirais le mieux... À la Réunion.
Et après votre séjour parmi nous, quel est votre programme ?
Je retourne en studio, sur Paris. Quant à ma prochaine venue, le rendez-vous est déjà pris. C’est la cinquième fois que je viens, c’est le début d’une longue histoire.
Entretien : Laurène Mazier
Anis enregistre son premier album au studio
Gang à Paris, en 2005. Cet album présente des textes autobiographiques, sombres et toutefois empreints d’autodérision. La musique est un mélange de ses influences soul, reggae et blues.
En avril 2006, il est nommé parmi les coups de cœur de l’Académie Charles-Cros et pour le programme Chroniques lycéennes-Prix Charles Cros des lycéens 2007. France 2 le choisit comme
chanteur de l’été : la chaîne diffuse alors régulièrement ses clips “Cergy”, “Intégration” et “Avec le vent”. En avril 2008 Anis entre en studio et
ouvre son blog. En octobre 2008, sortie de son troisième album, “Rodéo Boulevard”.
[- Coups de cœur]
Votre lieu préféré à la Réunion ? Ma terrasse ! J’ai une magnifique vue sur la baie de Saint-Leu. Après quelques mois aux Avirons, je viens juste d’arriver dans cette nouvelle maison, alors je scotche sur la varangue.
Un objet emblématique ? Je dirais plutôt un animal, le paille-en-queue.
Une rencontre qui t’a marqué à la Réunion ? Il y en a beaucoup ! On peut citer Mickaël, un Australien installé à Saint-Leu depuis 20 ans avec qui j’aime discuter. Pierrot un prof de surf, Gaël, Jessica, Mumu, Mélissa, Amandine et Jérôme Galabert aussi même si on ne se voit pas beaucoup...Ce sont des gens qui me font du bien et il y en a que j’oublie.


